Hidentité Nationale : l'interview en 3 parties du Doktor Hans Grüber
Il y a maintenant quelques semaines, un ministre français, le délicieux Eric Besson, a lancé un débat inédit sur la définition de ce qu’est un français. Une sorte de consultation populaire informelle, consacrée à l’identité nationale française, qui n’est pas sans nous rappeler notre propre enquête sur « qu’est-ce qu’un souchien ». Qui n'est pas non plus sans rappeler d'autres initiatives. Ces notions sont, selon les consanguins, la seule et même réalité : on n’est français que si on descend d’une brutasse à moustache, plus ou moins celte selon les régions. Dans les autres cas, on est un immigré, de 2e, 3e, 15e ou 25e génération, car le statut d'immigré est génétiquement transmissible. Piaffant d'impatience devant ce débat qu'on dirait taillé pour nous, la Confrérie a interviewé en exclusivité l'éminent Docteur Hans Grüber, consultant du Nationaldemokratische Partei Deutschlands tout juste de retour d'une cure en Carinthie, afin qu'il apporte ses lumières au milieu de la cacophonie nationaliste. Puisqu'il paraît que le débat dérape.
Consanguin : Herr
Doktor, merci de nous recevoir pour cet entretien à bâtons rompus
sur l'échine d'un altermondialiste. Une question nous taraude : que
penser de cette corne d'abondance que le pouvoir déverse sur nos
petits crânes d'identitaires xénophobes à haut débit ? L'identité
nationale, concept désormais protégé, c'est quoi ?
H. Grüber : On savait le président
Sarkozy friand d’affirmation identitaire, puisque le rappel
de (ses) valeurs françaises avait été l’un de ses leviers pour
obtenir le suffrage consanguin en 2007, avec l’obsession
sécuritaire. Aujourd'hui des élections approchent, et ce
président a récemment fait l’unanimité contre lui en
exposant son népotisme élitiste au grand jour :
il fait donc diversion en relançant le chaos français – au
moins n’emmerdez-vous personne à l’étranger lorsque vous vous
entre-déchirez ainsi sur des sujets complètement
cons.
Et il faut dire que le casting est soigné. Le Ministre de
l'Identité Nationale est le digne successeur du colonel
Hortefeux. Avec un pedigree de traître puis d'exécuteur des
basses oeuvres, et le charisme d'un caporal sanglé de cuir et
de certitudes (toutes réglables), Besson étonne avec son passé
socialiste. A sa suite, et à l'exception de quelques gauchos
droits dans leur bottes et quelques gaullistes rabat-joie, le
personnel politique et sa cour médiatique dérapent. Nous les
évoquerons plus loin : ça dérape dans tous les sens.
Le dérapage plus ou moins contrôlé devient la norme
comportementale, à vrai dire.
Eric Besson, photographié
par Leni Riefenstahl rue de Grenelle.
Consanguin : Alors, ce débat sur l’identité nationale, simple manœuvre électoraliste ?
H. Grüber : Oui et non. Oui, parce que ce
« débat » est un machin aussi faisandé qu’inutile, et
qu’il est donc parfait pour détourner les foules du fantastique
aveu d’impuissance des états à dresser les banques qui détruisent
des emplois ou les industries qui ruinent l’environnement. Il a
toujours été plus simple de taper sur le pauvre, d'origine
étrangère de surcroît, que sur le riche, banquier et fier de
l'être. Les français préfèrent pérorer sans fin sur leurs petites
haines minables, et Sarkozy sait comme personne les
instrumentaliser à des fins électorales. Il drague donc à nouveau
les consanguins, et cherche à aspirer le vote
populaire, qui s'éparpille
si facilement entre caricature anticapitaliste et saloperie
frontiste. J’en veux pour preuve la déconfiture chronique de
la gauche française, qui se débat elle-même entre tentation
collectiviste et réjouissante veulerie (Manuel Valls milite pour
des statistiques ethniques et se plaint de la rareté des
« blancos » dans sa circonscription, c’est dire si la
« jurisprudence Frèche » continue de prospérer).
Non, parce que ce débat révèle une nouvelle fois quelque chose de
plus profond, une certaine ré-idéologisation de la droite au
pouvoir. Après plusieurs décennies de gaullisme et d’orléanisme
libéral, c’est une variété française du néoconservatisme qui a
pris le pouvoir, et qui transforme certaines thèses de la
Nouvelle Droite dans les années 90. Cette politique, ça n’est pas
tant du « Lepen sans le vieux
borgne » que du
« Mégret sans le teckel
chauve ». C’est dire
qu’en matière d’idéologie, la volonté clairement affichée de
récupérer l’électorat d’extrême-droite se traduit par une
réunification mentale de toute la droite, toute ? Toute, qui a
moins honte de ses penchants fascistes. Après tout, la
2e guerre mondiale et la Collaboration, ça date
déjà de 70 ans... Et le "devoir de
mémoire" devient de plus
en plus souvent un "droit de savoir" bien vulgaire et maquillé comme une
vieille pute. Ach, mais je dérape.
A la plus grande joie des primotradizionen de fanzine, la France sifflote une vieille chanson rance, dont l'élite politique livre une version 2.0 modernisée, high-tech et clinique. Le débat fait diversion, mais fichiers et vidéosurveillance sont affutés, il ne reste qu’à traquer l’ennemi intérieur. Il est facile à reconnaître, pas besoin d’étoile jaune cette fois : il parle en verlan. Il est souvent jeune, l'ennemi intérieur, culturellement autre, sans poids politique, sans présence médiatique, et facilement reconnaissable à sa capuche ou à sa couleur de peau.
Ci-dessous, deux cas flagrants d'identification de l'ennemi
intérieur :
Dis voir, t'es en âge d'aller te battre sur la terre de tes
ancêtres, toi.
Il est où, ton père ? Retire doucement la main de ton
guidon. Doucement.
L'islamisation de Fabrice Robert et de Philippe de Villiers ?
Selon l'expert André Valentin, de l'Institut de Recherches Robert
Redeker, il y a déjà plus de 350 millions de
burqas-vampires qui dévorent chaque jour des nourrissons dans les
maternités.
Et de confondantes études viennent appuyer cette nouvelle
croisade. L’ennemi intérieur n’est pas seulement l’ennemi parce
qu’il est à l’intérieur : c’est sa nature d’être
l’ennemi, comme en atteste cette découverte scientifique
étourdissante. Alors, aujourd’hui les vieux Maréchaux ont
la cote, c’est vrai. Le Panzerkardinal songe à béatifier
Pie XII : après Mgr. Williamson, c'est à croire qu'il n'aime
pas les juifs. L'ambiance est à la détente, alors on fait des
blagues salaces. On se vautre sur les fauteuils en se grattant
entre les doigts de pieds. On assume sa petite xéno de
quartier. On cite des chiffres, on trace des lignes. Et Papon,
finalement, c'était peut-être pas si grave. Ach, je
dérape.
Bon, Alain Finkielkraut aura peut-être plus de mal à démystifier
la Collaboration que la Colonisation, mais on trouvera d’autres
imbéciles larmoyants pour faire le job. N'en déplaise aux
rappeurs aux casquettes tournoyantes, la nation n'est pas une
catin, d'ailleurs on l’aime ou on la quitte. La Droite n’a pas
peur des exodes, elle aurait même tendance à réserver les billets
d’avion. Et la nouvelle ligne de démarcation est idéologique.
Consanguin : Bien. Toujours notre relation
compliquée à l'altérité. Ok. Mais ce débat national-iste a ceci
de particulier qu'il vire très souvent à la désignation de
l'islam comme menace numéro 1, loin devant les yankees
mercantiles et les mondialistes judéo-maçonniques. Non seulement
le débat permet la mentalité d'assiégé, mais il y encourage
vicieusement. Kiffant, non ?
H. Grüber : L'islamophobie qui reproduit la
judéophobie, ce relatif mimétisme est assez souvent mentionné sur
Consanguin pour qu'on n'en rajoute pas... Plus prosaïquement,
observez bien ceci : lorsqu'une synagogue est saccagée, on parle
de renouveau de l'antisémitisme en France (renouveau ? Encore
eût-il fallu qu'il disparaisse). Lorsqu'une mosquée subit le même
sort, on n'entend moins parler d'islamophobie (sauf par des
crétins un peu sensibles, mais regardez-les ces bobos mal rasés
qui vantent l'art contemporain et l'esthétique squat, et qui
vocifèrent devant une mosquée taggée ou une synagogue
éboulée...). A la manoeuvre, il y a ces petits chantres facétieux
de l'islamophobie quotidienne, qui convoqueront Voltaire et
Racine pour justifier la renaissance d'une forme de ségrégation
institutionnelle en France. Des pitres comme Philippe
Val, Robert Redeker ou Caroline Fourest seront un jour
distingués pour l'énergie phénoménale qu'ils auront mis à
normaliser l'islamophobie. Si l'expression "idiots
utiles" a un sens, elle s'applique parfaitement à ces
amuseurs post-gauchistes, en tous cas. Donc oui, les musulmans
mangent. Mais l'idée est plus fondamentale, c'est la promotion
d'un atavisme, parce que la notion "d'identité nationale" ne
remonte qu'à la IIIe République. Tout étranger est visé.
Tout tenait dans l'intitulé du Ministère. Imaginez un
Ministère du Déficit et de la Sécurité Sociale. Un Ministère du
Vieillissement de la Population et de l'Homosexualité. Un
Ministère des Poissons et des Bicyclettes. Un Ministère du Vice
et de la Vertu (ah non, ça c'était un ministère taliban). ça
sonne bêtement vichyste, quel manque de tact.
Consanguin : C’est vrai, mais
notre nostalgie grandit à chaque jour qui nous éloigne de la
Nation de jadis. Au moins, le Maréchal savait donner aux bons
français de quoi ressentir quelque fierté. Nos morts ne s’y
trompent pas, qui saluent avec force le brillant Eric
Besson. Nous avons lu il y a peu l’exemple de Jacques Doriot et
Marcel Déat, qui félicitent chaleureusement le Ministre pour
leur réhabilitation. Encore un peu, et ils dormiront au
Panthéon.
H. Grüber : Les garde-fous tombent, il ne reste qu’un discours creux, platement anti-fasciste, qui sert le douceâtre terrorisme intellectuel de mes confrères Ivan Rioufol ou Christophe Barbier. A les lire, si on conteste ce nouveau dynamisme sectaire français, c’est parce qu'on a une âme de totalitaire. Tout velléité "progressiste" ou "tolérante" est taxée de stalinisme, et ils agitent volontiers le « Livre noir du communisme » dès que quelqu’un s’indigne de l’évolution des choses. Serge, Jean-François, vous nous manquez. Ach, je m'égare.
A titre personnel, je ne comprends pas pourquoi Eric Besson prend ombrage de la comparaison avec Pierre Laval. C’est un hommage consistant qui lui est ainsi rendu, et qui le fera passer de traître de troisième zone au rang de tête de gondole de la crispation identitaire. Eric Besson devrait rompre une bonne fois pour toutes avec ses vieux scrupules de gauchiste : trahison, délation, sanction des hébergeurs de clandestins, prime à la dénonciation, les activités d'Eric Besson feraient un bon contexte pour un vieux film de guerre. D'ailleurs la Collaboration, était-ce si difficile ? Achh, un petit dérapage, pardon, verdammt !
Consanguin : Ah ne jurez pas, Professeur. Effectivement, c’est une joie sans cesse renouvelée que d’assimiler l’humanisme et le stalinisme. Le goulag, c’est un peu notre point Godwin à nous, quand on ne taxe pas carrément nos ennemis de nazis.
H. Grüber : Vous autres avez végété dans l’ombre et la honte pendant des années. Mais aujourd’hui, vous trouvez dans les discours présidentiels et les initiatives ministérielles autant de satisfactions ponctuelles que de raisons d’espérer. Vos fantasmes de ségrégation sont réactualisés, on vous caresse la croupe et vous piaulez de plaisir.
On doit se souvenir qu'après la guerre de 40, la droite a voulu conjurer ses démons fascistes, dont la Collaboration avait illustré le dynamisme dans la société française. C’est un peu le « paradoxe français », qui claironne qu’il a inventé les droits de l’homme mais qui s'étrangle régulièrement de spasmes identitaires. Ach, je plaisante ! J'extrapole ! Deutsch Humor ! Le gaullisme a domestiqué la pulsion fasciste étouffée sous un conservatisme bon teint qui a explosé en mai 68. Les orléanistes qui ont succédé au Général se sont concentrés sur l’économie, et la pulsion fasciste a reflué dans quelques cercles confidentiels. Du poujadisme aux salonnards, des néodroitistes enfumés aux frontistes honteux. On savait encore aboyer, mais on ne mordait plus trop.
BWAGA BWAGA RRAARG BRRAWARG BAWARG BAWARG !!
Consanguin : Nous avons intensément souffert de cet ostracisme dans lequel étaient relégués les fascistes et les skinheads, pendant plusieurs décennies. Encore aujourd’hui, certains d’entre nous convulsent dès qu’on prononce le nom de « Mitterrand ». C'est le nom d'un traumatisme. En l'entendant, certains fondent en larmes. Mon cousin est mort de combustion spontanée, et je connaissais un type qui a fondu. On ne pouvait être consanguin que dans l'ombre. Le "progressisme", "l’humanisme" et la modernité nous écrasaient de leur mépris.
H. Grüber : Certes. Et le Front National a fait florès sur le fumier accumulé sous le tapis, mais la gauche gouvernementale s’en est servie, dans les années 80, pour tenir la bête à distance et diviser la droite parlementaire. C’est un truisme de dire qu’aujourd’hui, la stratégie a fait long feu. Le fascisme rampant crapahute de plus en plus vite, sous prétexte de « libération » du carcan « politiquement correct » des années 90. Coââ, le ventre est encore fécond d'où la Bête immonde a surgi, selon la métaphore adorée des antifascistes en rang par deux.
Car pour s’emparer du pouvoir, Sarkozy a mit un terme à cette diabolisation du facho. Parce qu'en fait, les gars, on est tous frères : un ultralibéral néocolonialiste peut trinquer avec un réac raciste, nan ? Le débat sur l’identité nationale montre une droite conservatrice sensible au lyrisme fasciste par amour de l’Ordre. Là, y a moyen de déraper autant qu'on veut, aucun journaliste de gauche, aucune belle âme ne la ramène, hein. Et quelque part, une castafiore démarre un cantique.
L'hiver rend les routes dangereuses et la politique
suintante.
Consanguin : Voilà d’excellentes nouvelles pour tous les souchiens qui rendent glaires et miasmes sur leurs blogs. Mais en vérité, Herr Doktor, qu’est-ce que l’identité française ?
H. Grüber : Encore une fois, ça ne peut pas être défini. La question est imbécile. Définir l’en-dedans, c’est aussi définir l’en-dehors, et tous ceux qui n’adhéreront pas à la définition officielle, faussement consensuelle, de l’identité nationale, en seront pour leurs frais. C’est l’exemple parfait d’un débat piégé, mais là n’est pas l’important. D'ailleurs, les arcanes de ce débat fangeux ont déjà été parfaitement explicitées ailleurs.
L’important, c’est que ce débat permet aux fafs d’étaler leurs zidées sans la moindre honte, en toute impunité. Qu’est-ce que l’identité française ? La question en soi est originale, en ce qu’une nation est précisément l’agrégation d’une foule d’identités diverses. Les consanguins, fidèles à leur identitarisme crasseux, ont dès lors beau jeu d’étaler partout ce qu’ils considèrent être l’identité nationale, forcément blanche, catholique, réactionnaire et belliqueuse. Le débat de Sarkozy ne peut que favoriser les thèses consanguines, a fortiori s’il est piloté par un « Ministère de l’Identité Nationale ET de l’Immigration » : on ne peut pas se prononcer sur l’une sans se prononcer sur l’autre – et hop, le subterfuge est confondant de vulgarité, mais ça marche. La question posée par le pouvoir sarkozyste n’est autre que « Qui fait tache dans le décor, selon vous ? ». Les plus grotesques imbéciles sont ceux qui prétendent arracher ainsi la question « nationale » à l’extrême-droite.








9 Commentaires
C'est du beau travail. Du bel ouvrage Frère Scoliose.
Je ne connaissais pas ce monsieur. Il a bonne mine.
Les cures, pour ça, c'est ravigotant.
Nous avons réenluminé la page. Et salutations, frère Mithqal.
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