Hidentité Nationale (part. 3)
Consanguin : Poursuivons, cher Docteur. Le grand débat foireux sur l'identité nationale a presqu'aussitôt débouché sur une stigmatisation de ceux dont les consanguins ne veulent pas, c'est-à-dire tous les autres. En particulier, les clandestins, les africains, les musulmans. A ce titre, la loi d'interdiction des burkas est systématiquement associée au débat par nos ténors, comme le symbole d'une réaffirmation de l'identité nationale. La nation, l'identité, autant de termes qui reviennent de loin. Le nationalisme renforcé, réarmé, prêt à en découdre, menacé qu'il est par les chansons d'Orelsan et la world food. Certes, des gauchistes agitent le spectre de 14-18 ou des pogroms, mais de notre point de vue, TOUT VA BIEN, non ? D’ailleurs, nous ne sommes pas les seuls. Après les danois qui font des courbettes à Geerts Wilders, les Suisses gueulent tout haut qu’ils veulent supprimer quatre minarets qui gâchent leurs cartes postales.
H. Grüber : Ah, je savais qu’on en parlerait. La Suisse, ce petit pays souvent exemplaire en matière de conservatisme et de compromission, a donné il y a peu l’exemple de ce sur quoi pourrait déboucher le débat gouvernemental. Des « valeurs ancestrales » étant rappelées, on doit élaguer ce qui ne s’inscrit pas en harmonie avec elles. Des « racines judéo-chrétiennes » étant mentionnées, on doit faire des entorses à la laïcité – en avançant, comble d'un rafraîchissant cynisme, des raisons architecturales qui ne s’appliquent ni aux clochers de la Sainte Eglise, ni aux antennes Bouygues.
La Suisse, ça vous fait parler. Ces quelques helvêtes frileux et
xénophobes sont les « derniers hommes libres ». Curieusement, les
Suisses la ramènent plus contre le "fascisme vert" qu'en 1939
contre le fascisme brun. ça doit être une question de
couleur.
Donc, des suisses pas si neutres seraient les derniers hommes debouts. Les consanguins adorent. Ne riez pas, vous en parliez encore tout récemment...
Donc, des suisses pas si neutres seraient les derniers hommes debouts. Les consanguins adorent. Ne riez pas, vous en parliez encore tout récemment...
Consanguin : Mais revenons-en, je vous prie, à
l’identité nationale.
H. Grüber : Mais bien sûr, puisque c'est votre obsession. A quoi peut servir un débat à la con de cet acabit ? L'objectif du consanguin, il n'en a pas d'autre, c'est de claironner des charades infâmes et de les présenter en conclusions auxquelles tout le monde est prié de parvenir. Parce qu'une fois qu'on aura "défini" ce qu'est l'identité nationale, on pourra envisager une nächsten Schritt. C'est ce qui est fun avec les instincts identitaires : c'est aussi inflammable que pavlovien. Les prochains débats seront donc probablement encore plus orduriers, mais c'est le but. Un Grenelle de l'identité nationale, et ensuite ? Un débat sur l'orthodoxie sexuelle, peut-être. La pureté raciale. La rectitude religieuse. L'instinct civilisationnel. On ignore à quoi ça ressemblera, mais la conclusion sera la même : "les ennemis intérieurs sont ceux que nous désignons, et contre eux nous pouvons tout faire".
Seule inconnue à ce jour : quel sera le sort de ceux qui ne se
coulent manifestement pas dans le moule de cette identité
nationale en voie de cristallisation ? Quid de ceux qui parlent
en verlan, portent casquette à l’envers, prient 5 fois par jour
ou ne mangent pas de porcs ? Quid de ceux qui méprisent les
institutions républicaines et la propagation de l’ordre
sécuritaire en cours ? Quid de ceux qui vomissent le pays
aseptisé et réactionnaire en voie de consolidation ? La réponse
théorique est simple : qu’ils dégustent ici, ou qu’ils partent
loin. Reste à savoir à quoi ressemblera la mise en
pratique.
Consanguin : séduisante alternative, qui réjouit
toute ordure académiquement nationaliste, et tout petit
islamophobe à mèche. Ce qui nous étonne, c'est que l'initiative
soit partie d'un gouvernement libéral, dont la vocation est a
priori d'abattre nos frontières et de renforcer encore la
circulation des populations, sans contrôle ni test ADN,
finalement.
H. Grüber : Et à la vérité, comment s’étonner de ce
bazar ? La Talonnette n’aime pas les babouches, et ses meilleurs
amis s’appellent Balkany ou Hortefeux. Sarkozy ne conçoit
l’immigré qu’en petit nombre, travailleur, silencieux et de
préférence converti. Et puis surtout, son conseiller en la
matière n’est autre qu’un des plus brillants consanguins,
l’admirable Patrick Buisson.
Patrick Buisson en chef d'orchestre, sur une composition de
Jean-Marie Leborgne.
Arrangements : Eric Besson.
Consanguin : Patrick Buisson ? Vous voulez dire, l’ancien directeur de publication de Minute ?
H. Grüber : Exactement. Patrick Buisson, c’est « Minute
», des chants grégoriens et une curieuse obsession pour la libido
des françaises sous l’Occupation. Et vous savez que c'est le
politologue le plus apprécié du FN, un « national-catholique ».
Avec lui, c’est Maurras qui chuchote dans la nuque du
président.
En fait, des gens comme Patrick Buisson ou Henri Guaino
permettent de comprendre ce qu’est la seule, la véritable rupture
du sarkozysme : la réconciliation entre droite post-gaulliste et
ses démons fascistes, dont je parlais plus haut. Les principaux
bénéficiaires de cet aggiornamento, ce sont les consanguins. Ils
n’ont plus besoin de voter pour des épouvantails grotesques fans
de calembours douteux et d’armes de poing : un ultralibéral fait
le boulot. Avec lui, c’est une révolution culturelle qui est en
cours, et qui vise à détruire les intellectuels de gauche vautrés
dans leurs canapés, les jeunes anars défoncés à l’herbe et les
immigrés ivres d’allocations familiales. Puisque les champs
politique, économique et médiatique ont été conquis, c’est le
champ intellectuel, culturel, qui reste à soumettre. On cherche
donc l’ennemi intérieur, et on en trouve plein. De plus en
plus.
D’ailleurs, Buisson n’est qu’un conseiller parmi d’autres, mais
son existence suffit pour comprendre que l'idéologie nationaliste
n'est pas qu'un stratagème électoral pour Sarkozy. Il est piquant
de constater que celui-ci s’est également entouré d’un conseiller
génétique – lui qui incline à penser que la pédophilie, le
suicide ou la dépression relèvent du chromosome. De même
pensons-nous que la paresse, le gauchisme, l’islam, l’anarchisme,
l'homosexualité sont des tares congénitales. Puisqu'au grand dam
d'Eric Zemmour et du FN, les "races" ne sont pas une catégorie
scientifique, alors les consanguins déplacent leur suprémacisme
sur un plan génétique.
Le radical Patrick Buisson conceptualise, et le zélé Eric Besson exécute. Entre les deux, Sarkozy et ses proches exultent : la gauche s’étrangle de rage mais reste comiquement impuissante. Seuls quelques odieux terroristes corréziens, ces dangereux criminels satanistes, ces égorgeurs d’enfants, ces perfides dynamiteurs de propagande, osent défier leur contrôle judiciaire et appeler à la désobeissance civile. Seuls quelques gauchistes connus de nos services et bientôt dénoncés pour subversion terroriste osent refuser le débat et vilipender ses instigateurs. Imaginez un peu que ce genre d’appel soit entendu ? Imaginez que ça se généralise ? Que les gens truquent les fichiers ? Qu’ils détruisent les caméras de vidéosurveillance ? Qu’ils cachent des clandestins ? Qu’ils continuent à résister au petit toilettage idéologique du pays ?
Consanguin : On en frissonne d'effroi. Que faire
devant ce risque d'entrave à la contagion fascisante ?
H. Grüber : Mais la droite actuelle fait tout pour écraser les tentatives d'entraves. Voyez comment elle a organisé la criminalisation des petits anarchotonomes Corrèziens, en les qualifiant de terroristes, dès qu'ils ont dévoilé la trahison par Sarkozy du pacte noué par le Conseil National de la Résistance. Voyez la façon dont les éditocrates et les "républicaniens" essaient de discréditer toute comparaison entre le sarkozysme et le pétainisme, indépendamment des contextes historiques. On envoie même le fidèle Alain Finkielkraut aboyer contre l'horrible crypto-marxiste Badiou.
Le gouvernement perfectionne chaque jour sa machinerie
propagandaire. Regardez tout le zèle qu'y met le désopilant
Eric Raoult, ce Winnie l'Ourson borgne :
apologie de la peine de mort, discours homophobes, couvre-feu
pour les mineurs, censure des écrivains... la Krosse Rikolade !
Les députés de la majorité prouvent leur unanimité visqueuse
encore tout récemment en proposant qu’on supprime les drapeaux étrangers (tunisiens,
algériens ou marocains) lors des mariages en France.
Ailleurs, la suggestion ferait sourire. En France, des individus
payés par la République ont le cran de rédiger des propositions
de loi de ce type. Ou de vouloir faire reculer l’enseignement de l’histoire au
lycée dans certaines filières. Rééducation politique ? Non,
optimisation des filières scientifiques, à défaut d'autodafé.
L’histoire de France devra réhabiliter la colonisation plutôt que
s'appesantir sur les flux migratoires qui ont alimenté la
population française. Les prochaines réformes sont d’ailleurs
déjà programmées. Raboter l’identité individuelle
pour coucher un vernis national, voilà un vieux projet qui revit
sous les vivas des souchiens.
Consanguin : Ah ça, il suffit de survoler le blog de François Setouche pour saisir à quel point l’extrême-droite profite de ce débat pour hululer sa haine irrationnelle et ses préjugés liquoreux. Frère Scoliose ne perd d'ailleurs jamais une occasion de saluer nos coreligionnaires du portail des gogos des golois.
H. Grüber : Mais rassurez-vous, officiellement, il ne sera toujours question que d’assurer le bien-être et la rentabilité de chacun. Comme l’ont noté les experts de Brave Patrie, « le gros doigt invisible du marché a en effet depuis longtemps permis à chacun de trouver le travail que lui assuraient ses aptitudes spécifiques. Le secteur tertiaire, par exemple, emploie déjà moults Noirs et Arabes. Vous n’avez qu’à appeler la hotline pour entendre leur accent chantant. Les Chinois aiment fumer, voilà pourquoi ils font de meilleurs buralistes ! Et que dire des Tamouls et de leur sens inné pour la gastronomie, qui en font les cuisiniers de la moitié de Paris ? ». C'est ça, le véritable humanisme : attribuer à chacun la fonction qui lui va le mieux. Parce que "l'homme n'est pas une marchandise comme les autres". Nicolas Sarkozy n'est pas un fasciste : c'est un eugéniste social. C'est ça, l'avenir de la ségrégation. Il faut qu'elle soit aussi rentable.
Consanguin : Mais concrètement, quels effets
pour ce débat stigmatisant ? Restera-t-il putassier ou
deviendra-t-il mortifère ?
H. Grüber : C’est la question à 1.000 euros. Quel type de législation pourrait ressortir d’une initiative aussi stérile et inepte ? Quoi faire après que le pays se soit déchiré pour une question bancale sur un concept fantôme ?
La législation qui doit interdire les burqas en France est typique des stigmatisations institutionnelles auxquelles l'on veut aboutir. Les partisans de cette loi expliquent que ça n'est pas de l'islamophobie, mais la protection des droits de la femme, et ainsi, la protection des droits de l'homme tels qu'on les conçoit en France (dans ton cul, la laïcité, mais passons). Le protection des droits de la femme ? La protection de l'égalité ? Soit. Mais a-t-on voté une loi contre les époux violents qui fragmentent les mentons de leurs femmes ? Il s'agit pourtant bien là d'une forme de violence, résultant d'une oppression masculine.
Seulement dans ce cas, on se réfugie derrière les lois
existantes, en expliquant que le code pénal contient déjà
l'infraction de coups et blessures. Qu'il n'a donc aucun besoin
de sanctionner spécifiquement les violences conjugales. La lutte
contre les maris violents ne semble donc pas impliquer qu'on
légifère. La protection des femmes battues, la défense de leur
égalité, ne mobilise pas spécialement. On a des associations, des
numéros verts.
S'agissant de la burqa, en revanche, on estime qu'il faut
légiférer, parce que là, l'égalité homme-femme est spécifiquement
en danger. On aurait pu imaginer un numéro vert pour épouses
musulmanes désireuses de sortir du carcan intégriste de leur mari
si celui-ci leur impose de sortir embastillées sous un grillage
tricoté.
Difficile ensuite d'affirmer sans rire que la législation
anti-burqa n'est pas une loi de ségrégation, mais une loi
valorisant l'égalité homme-femme, puisqu'on ne met manifestement
pas autant d'empressement à légiférer contre les époux
violents.
La palme consanguine du mois revient d'ailleurs au propret petit Jean-François Copé, qui veut interdire tout ensemble tous les voiles (burqa, niqab, hijab) mais aussi les cagoules, les masques, les casques, et grosso modo tous les couvre-chefs qui empêchent nos officiers de police de pratiquer le délit de faciès, ou les caméras de vidéosurveillance de fliquer la populace. Bravo. On sent le petit monsieur pressé de faire plus, beaucoup plus que le petit monsieur actuellement à l'Elysée. Vous avez en France des politiciens décidément désopilants, qui veulent décider de vos atours dans la rue. Que ne cèdent-ils tous plus franchement à leurs pulsions de ségrégation ? Au moins, cela aurait le mérite de la franchise.
Consanguin : il ne faudrait quand même pas que
ça aille jusqu'à nous interdire de porter capuche, ou proscrire
les cornettes dans nos rues...
H. Grüber : Nooon, rassurez-vous. La laïcité se fait défoncer le derrière sans que ça choque, de nos jours. On veut raser les minarets, pas les clochers. On interdit les voiles islamiques, symboles "d'intégrisme religieux", mais pas les cornettes, "symbole de ferveur chrétienne". Ce sont ces fameuses "racines judéo-chrétiennes" qui permettent d'établir ces distingos. En ligne de mire, la loi de 1905. On finira bien par l'abattre. D'ailleurs, je préfère parler de "racines chrétiennes", le terme "judéo" me plaît moyennement. Il faudra bien rouvrir la question juive, quand on aura clos la "question musulmane"...
Cette notion de "racines" religieuses, c'est l'instrumentalisation du Passé pour nier le Présent, et combattre la mosaïque culturelle qui caractérise les pays démocratiques. Avouez que c'est drôlement efficace, même si ça frise le déni de réalité.
Voilà la démonstration des effets de notre rhétorique consanguine, celle qui innerve aujourd'hui les esprits brumeux et les législations scélérates de nos dirigeants. Le sabir démocratique est un vernis qui pare les entreprises les plus abjectes, et c'est bien là notre force. Les consanguins sont par nature anti-démocrates, mais ils n'ont aucun problème à en détourner le discours.
Consanguin : Et puis, au fond, un mari devrait avoir le droit de marbrer la gueule de madame sans qu'on vienne l'emmerder. Il y a des hiérarchies qui ne se discutent pas. Celle de la race, comme les consanguins n'ont de cesse de l'affirmer. Celle du sexe aussi, évidemment. Et ensuite, Docteur ?
H. Grüber : Probablement, comme le préfigurent certains leaders de la majorité, encore plus de stigmatisation, encore plus de contrôle au faciès, encore plus de reconduites à la frontières, sur la foi des conclusions formatées d'un faux-débat sur les degrés de la ségrégation. Plutôt que de parler de cohésion nationale, cette fadaise qui révulse les consanguins, c’est en parlant d’identité nationale qu’on saura le mieux supprimer ceux qui ne s’y inscrivent pas. Assez des jeunes délinquants qui ne respectent rien et jouent avec des armes en faisant tourner leurs casquettes. Un jour arrivera où l'on ne parlera plus de "dérapage", mais juste de "profession de foi".
Autre dérapage récent, celui de
la charcutière de Vesoul, l'adorable, la
délicate, la sophistiquée et capiteuse Nadine
Morano.
Consanguin : Nadine, aaah Nadine passionne nos ouailles. Miguel Enfoiros, autre éminent spécialise du souchisme, attrape une demi-molle dès qu'il l'aperçoit. Elle sent bon le cochon, parle comme nos épouses, promeut une saine conception de la patrie. Mais il nous faut des héros masculins, des couilles, quoi.
H. Grüber : Considérant que les immigrés, "quand y en a un ça va, c'est quand il y en a plusieurs qu'y a des problèmes". Considérant qu'ils sont "déjà dix millions et qu'ils veulent nous bouffer". Considérant que l'identité nationale, "tu l'aimes ou tu la quittes", il faut donc faire revivre Charles Martel pour qu'il affronte les djinns. C.Q.F.D. Ach, mais je divague.
La stratégie vise bien entendu à détourner la communauté nationale des enjeux économiques et sociaux, comme d'habitude. La recette est éculée. Il s'agit encore une fois de faire diversion, en flattant quelques bas instincts et en désignant des responsables artificiels d'autant plus facilement qu'ils sont souvent les premières victimes du marasme. C'est la politique de l'impotence, qui vire peu à peu à la politique de la potence. On exécutera symboliquement des victimes expiatoires pour éloigner les malédictions banquières ou environnementales contre lesquelles on ne peut ni ne veut rien faire.
Comme le rappelle un de mes collègues ces jours-ci, "si vous
êtes au pouvoir et que nous n'arrivez à rien sur le plan
économique, la recherche de boucs émissaires à tout prix devient
comme une seconde nature. Comme un réflexe conditionné. Mais
quand on est confronté à un pouvoir qui active les tensions entre
les catégories de citoyens franaçais, on est quand même forcé de
penser à la recherche de boucs émissaires telle qu'elle a été
pratiquée avant guerre". C'est selon moi, chers amis
consanguins, ce genre de collègue qu'il faut écraser. Tuer les
sentinelles, arracher les yeux des témoins, écarteler les
démocrates, brûler vifs les intellectuels, massacrer les
gauchistes, génocider les contestataires. Ach, c'est un dérapage,
ça ?
Consanguin : non, enfin pas selon nous. En résumé, l'admirable Eric Besson doit poursuivre sa saine démarche d'intoxication nationale au salami frelaté ?
H. Grüber : En résumé, Eric Besson est donc sous pression, car la
France présente encore de nombreuses résistances à la saine
réidéologisation en cours. Il n’est pas encore possible de
stigmatiser au grand jour, mais ça vient doucement. Il n’est pas
encore possible de voter des lois de ségrégation, mais le délit
de faciès est une réalité. Il n’est pas encore possible de
rentabiliser les destinations des charters, mais ont commence à
ficher les "origines géographiques". Bref, qu'ils
l'assument ou pas, Sarkozy et Besson ont réactivé en France le
souvenir du vichysme, du boulangisme, du nationalisme guerrier
qui sert tant en période de crise économique et sociale. Besson
tient bon, parce que le vote consanguin est crucial aux yeux de
Sarkozy, et parce qu’au-delà des régionales, la Droite
Dramatiquement Décomplexée veut cette France blanche, catho et
réac, cette France murée dans son autarcie autiste, contemplant
sans fin sa splendeur passée ou le doux temps des colonies, cette
France remplie de petits vigiles et de gros délateurs, ou
l’inverse, une France policée, milicée, protégée par des caméras en haut des
grillages et de terribles législations d’un autre âge.
Nan mais vous mélangez tout, là. Vous savez qu'on n'aime
pas les mélanges, pourquoi vous mélangez tout ? Hein ?
Consanguin : Docteur, en guise de conclusion, qu'est-ce que l'identité nationale ?
H. Grüber : mes amis, vous semblez lents à la
comprenette, puisque je viens de vous l'expliquer. Depuis
l'affaire Dreyfus, il ne s'agit que de créer un concept creux, un réceptacle, et de
proposer un "débat" qui n'est en réalité qu'un "discours". Il
s'agit de stigmatiser l'autre. L’identité nationale permet un
consensus simple qui consiste à marginaliser une partie de la
population pour occulter les inégalités sociales et la
combinazione des élites. La fabrication d'un faux consensus
autour de l’identité nationale ne permet pas seulement la joie de
haïr l’autre, elle procure des plaisirs positifs : en traitant
l’immigré comme un être pernicieux.
Mais il n'y a pas "d'identité nationale", il n'y a qu'un
"fantasme identitaire". Il est révélateur qu’un pareil débat éclose au moment de la mort de
Claude Levi-Strauss. La marée consanguine rencontre moins
d'écueils ces temps-ci. Car l’identité nationale prônée par vos
dirigeants, et plébiscitée par l’engeance consanguine en tous
cas, c'est un pays délicatement décomplexé, doté d'un dirigeant incendiaire, qui dénonce, qui surveille et
qui punit les déviants, qui stigmatise, qui fiche, qui flique, et
qui à force de déraper part en tonneaux sur du Maurice Chevalier
remixé par Bob Sinclar.
Consanguin : Et c’est peu dire que nous nous en félicitons. Merci beaucoup, herr Doktor, de vos réponses. Nous vous laissons rejoindre, je crois, le Professeur Miguel Enfoiros à un gala de bienfaisance. Contre le SIDA en Afrique, n'est-ce pas ?
H. Grüber : Non. Pour."

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